À la mémoire de Christine

À la mémoire de Christine

 

Elle poussait la porte de la galerie pour la première fois en 2018, en compagnie de son amoureux, René. Sitôt rentrée, elle me saluait de sa voix-musique. Son « bonjour » n’avait rien de banal. Il était incarné, senti et sincère. Son regard, son sourire, son énergie si singulière, tout de suite, je l’ai aimée. Parce qu’elle était ça, Christine, aimable immédiatement. Attachante sur-le-champ. Un soleil humain, un humain soleil, une femme d’exception.

Jamais je n’oublierai sa façon de regarder les œuvres. En silence d’abord, elle butinait de tableau en tableau, de sculpture en sculpture, dans un parcours désordonné, guidé par l’instinct. Puis, elle se tournait vers moi et s’enclenchaient alors des discussions aussi riches que colorées. Parce qu’elle était ça aussi, Christine, un humain arc-en-ciel. Une femme cultivée, curieuse et passionnée.

Elle est revenue à la galerie une deuxième fois, puis une troisième. Et plusieurs autres fois encore. Nous sommes devenues amies. Nous avions une passion commune pour l’art, pour la vie, et par-dessus tout, pour les œuvres d’André.

J’aimais quand elle arrivait à la galerie, café à la main, avec son calepin et ses crayons. Elle me disait de ne pas faire attention à elle, de poursuivre mon travail et elle s’assoyait près d’une sculpture d’André. Beaucoup trop près d’ailleurs pour bien la voir. Mais ce que qu’elle voulait, ce n’était pas de regarder l’œuvre, c’était de s’asseoir avec elle, comme on le fait avec une amie. Être avec elle, simplement, et s’en inspirer. Après un moment, elle commençait à écrire. Sa main glissait le long de la feuille sans s’arrêter. J’entendais la musique de son crayon sur le papier. Christine aimait les mots. Elle savait les choisir, les unir, les faire danser. Parce qu’elle était tout ça, douée, intuitive, artiste et poète. Quand elle avait terminé d’écrire, elle me faisait toujours la lecture de son poème. Celui-ci est le troisième qu’elle a écrit :

 

LIBRE

Libre Je Suis

Cœur au vent j’accueille l’horizon

Mains offertes vers les profondeurs

Je suis homme racine

Regard intérieur, je découvre l’immensité

Entre ciel et terre

Libre je suis

 

À genoux, je suis

Prière devant l’infini

Je porte l’intime espoir

Du lever du jour au crépuscule

Libre je suis

 

Je serai de toutes les saisons

Je suis d’hier et de demain

Aujourd’hui et maintenant

Libre je suis

 

Je suis de tous âges et de toutes les nations

Je suis libre fils du vent

Je suis souffle de l’univers

Solide en terre

Libre je suis

 

Cœur battant j’écoute les âmes

Je suis refuge

Je tisse les liens

Libre je suis

 

Des poèmes, il y en a eu six. Six moments magiques où Christine s’est déposée avec une œuvre d’André pour l’écouter. Six moments uniques où elle a prêté sa voix, sa sensibilité et son immense talent pour faire parler une sculpture en l’habillant de mots et de beauté. Ses poèmes sont partout dans la galerie. Ils sont un complément inestimable aux œuvres d’André. En mon nom personnel, et en celui d’André, amie Christine, merci. Tu nous manques.

Christine nous a quittés le 11 avril dernier des suites d’une longue maladie. Son départ laisse un vide immense dans nos vies, mais ses poèmes nous accompagnent, au quotidien, et laissent une trace éternelle de la grande âme qu’elle était.

 

Hélène Bélanger-Martin

Propriétaire de la galerie ROCCIA

18 mai 2024